jeudi 19 juin 2008

Pour une Europe Fédérale

Je l’ai déjà écrit à plusieurs reprises, l’échelle de l’Europe sera celle où on pourra développer les politiques pour l’avenir. Croit-on pouvoir mener une politique sociale ambitieuse à l’échelle nationale dans le contexte de la mondialisation ? Pourra-t-on répondre aux catastrophes écologiques en cours sans une cohérence européenne ? Ne doit-on pas faire émerger une diplomatie européenne forte quand l’hégémonie des Etats-Unis est de plus en plus contestée ? Il faut une Europe intégrée, bien plus intégrée. Pour être plus puissante et plus cohérente. Ces questions étant fondamentales, les réponses doivent être démocratiques. Prenons l’exemple du domaine social. La concurrence fiscale et sociale entre les pays de l’Union Européenne est destructrice, tirant chaque pays vers le bas. Pour lutter contre, il faudra construire un modèle social européen unifié. Dans un débat qui ne pourra être que démocratique. Une Europe puissante, cohérente et démocratique ne saurait être autrement que fédérale.

Quelle serait la forme d’une Europe fédérale ? Pour la cohérence et la démocratie il faut un organe qui soit strictement européen, non une émanation des Etats, et démocratique. C’est au Parlement Européen de jouer ce rôle. Le Parlement Européen doit être fort, c’est-à-dire être le législateur principal en même temps que le contrôleur de l’action exécutive. Un vrai parlement quoi. Il doit être démocratique et européen : élu au suffrage universel direct, à la proportionnelle, sur des listes européennes. Avec de tels pouvoirs et un tel mode d’élection, les différents partis nationaux devront se regrouper dans de réels partis européens, cohérents, dotés de programme vraiment politiques et permettront qu’il y ait un débat sur la direction de l’Europe. Pas comme aujourd’hui.

Il ne s’agit pas non plus de faire disparaître les Etats. Ils peuvent garder une large autonomie. Qui peut nier par exemple que les différents Etats des Etats-Unis d’Amérique ont une large autonomie ? On peut ainsi imaginer un Sénat regroupant des élus au suffrage direct mais dans les cadres nationaux. On aurait ainsi une assemblée représentant les Etats à côté d’une assemblée représentant le Peuple. Chacun garderait à côté ses institutions nationales dont il faudra définir précisément les rapports avec les institutions fédérales.

Quoiqu’il en soit, les institutions européennes doivent émaner du peuple. Car c’est le peuple qui est le souverain naturel, c’est lui le pouvoir constituant. Peut-on accepter que des traités ayant un caractère constitutionnel, ils organisent les institutions, soient conçus et adoptés sans recourir directement au peuple ? Prenons le traité de Lisbonne : négocié par des représentants élus pour exercer la fonction exécutive et voté par d’autres représentants élus pour exercer la fonction législative. Personne dans cette affaire n’a reçu un mandat constituant de son peuple. Pour refonder des institutions de cette importance le principe démocratique exigerait une toute autre formule : une Assemblée Constituante Européenne, élue au suffrage universel direct dans un scrutin de liste européen, présentant un projet au peuple, celui-ci l’acceptant ou non dans un unique référendum européen. Convoquer une telle assemblée serait déjà un événement de type fédéral : ce serait concevoir l’Europe comme un tout uni et cohérent et plus comme une somme d’Etat.

Enfin, le traité de Lisbonne n’est à mon goût ni bon ni mauvais. Il ne changera, si on outrepasse le vote irlandais, rien de fondamental. De même, si on en reste au traité de Nice, l’Union Européenne continuera à voguer au rythme des négociations étatiques pour s’arracher un bout de quota. Il manque d’ambition, de vision. On se plaint que l’Europe ne plaise plus aux peuples. Ou que ceux-ci votent sans comprendre le traité qu’on leur soumet. Et bien, proposons un texte institutionnel simple et ambitieux qui saura faire valoir une vision et une volonté exaltante de l’avenir européen. Et on verra si le vote est mauvais !

Bref, c'est seulement en construisant une Europe politique, et donc fédérale, qu'on pourra en faire quelque chose, débattre, avancer.


Colin

jeudi 12 juin 2008

Qu'est ce qui nous sépare ?

Alors que je m’apprêtais à écrire un nouvel article consacré au théâtre d’ombres que nous offre notre premier secrétaire, François Hollande… cette interrogation m’est venue presque naturellement. Car au fond, à lire les premières ébauches de texte dans la perspective de ce congrès, je m’aperçois que beaucoup de nos dirigeants vivent dans une sorte de nostalgie de l’ère Jospin…

Ahhhh quelle formidable époque que ces années 97-2002… Le temps du socialisme triomphant, de la bonne gestion aux bons résultats économiques… pour un peu, ils rêveraient d’inventer la machine à remonter le temps. Après réflexion, j’en viens à me demander si ce gouffre qui peut me séparer d’eux, ce n’est pas au final ce fameux fossé générationnel.

Car ce doux come-back semble renvoyer un écho troublant… ces fameuses 30 glorieuses… ce moment d’abondance, d’insouciance et de jouissance… car tous ou presque ont grandi dans ce climat peu propice à l’innovation, aux interrogations existentielles et cependant concrètes du « comment survivre dans ce monde ? »….

Moi… désolé pour ce narcissisme… j’ai passé une partie de mon enfance et toute mon adolescence dans de toutes autres conditions… rareté, instabilité, précarité… le SIDA, le chômage, pauvreté… qui plus est, d’une intelligence moyenne, je n’ai pas été préservé par le cocon des grandes écoles… haut lieu de reproduction des élites mais aussi d'enferment vis-à-vis du monde extérieur.

Une autre différence qui n’est pas non plus étrangère à ma perception d’une nouvelle citoyenneté, le début de la démocratisation de l’informatique et sa généralisation non plus en des termes techniques mais bien en tant qu’outils.

Voilà comment j’explique ce décalage avec nos, mes dirigeants… d’un coté l’illusion d’un retour au temps d’avant, de l’autre une génération a qui on demande de s’adapter en permanence et à vivre avec moult épées de Damoclès … fatalement, cela provoque un certain nombre d’incompréhensions.

Une des plus significatives pour moi porte sur la croissance économique. La grande majorité de nos dirigeants politique au PS ne cesse de nous parler de mesures pour relancer la croissance… certes… cependant, je constate que de plus en plus d’économistes de renom s’interrogent de plus en plus ouvertement sur celle-ci et ses conséquences sur la planète…

Je rejoints complètement cette problématique… croissance ok mais croissance durable… au-delà des mots… et force est de constater qu’on est loin, très loin du compte pour le deuxième terme. Et toujours sur ce thème, en évacuant cette notion de durable, qu’est ce qui fait qu’on peut revenir à ce cycle salvateur de croissance forte alors que sa tendance est baissière depuis plus d’un demi siècle et entretenue depuis plus d’une décennie par un endettement croissant des ménages ? (je suis désolé les aléas font que je n’ai pas eu le temps de résumer le chapitre 2 de Larrouturou qui aborde ce point)

Voilà où j’en suis dans mes interrogations, mes questionnements à quelques mois d’un congrès annoncé déterminant et qui s’achemine à nouveau vers des accords boiteux au détour d’un couloir entre personnes d’une même génération. Vous me direz… les quadras… oui… mais n’oublions pas qu’un certain nombre a été nourri par l’appareil… donc fatalement ça formate aussi une certaine forme de pensée.


Marc Vasseur

samedi 7 juin 2008

D’autres choix sont possibles au PS

Malgré toute la considération qu’on lui porte, Il faut bien avouer que l’on a connu un Alain Duhamel plus alerte dans ses analyses politiques. En effet, sa dernière chronique (les nouveaux bretteurs du PS) publiée récemment dans le quotidien Libération nous laisse perplexe. A le lire, nous sympathisants socialistes n’aurions finalement d’autres choix que d’avoir à plébisciter l’une des deux écuries : Ségolène Royal ou Bertrand Delanoë. La messe est dite, circulez, il n’y a plus rien à espérer comme autres scénarii. Mais sur quoi se fonde ce clairvoyant chroniqueur pour asséner une telle certitude ? Les sondages, essentiellement les sondages.

La vie politique française se réduirait dorénavant aux seules cotes de popularité de nos femmes et hommes politiques et aux enquêtes d’opinions. Quid donc de l’importance à accorder aux débats de fond ? Oui, la seule chose qui prévaut désormais est le degré de sympathie qu’untel ou untel inspire aux Français, l’armature idéologique et intellectuelle de ces nouveaux people devenant tout à fait subsidiaire, pourvu qu’elle ne sorte pas de la pensée unique.

D’autant que nombre de faiseurs d’opinions nous assènent sempiternellement cette soi-disant lapalissade : la gauche française sera sociale démocrate ou ne sera pas. Et s’il est vrai qu’il existe au moins un point commun entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, c’est bien celui d’une même option sociale démocrate, à quelques subtiles nuances près. Nous militants de gauche archaïques serions donc sommés d’abandonner nos vieux rêves ringards d’un monde radicalement autre. Place aux réformistes pragmatiques en phase avec la réalité et bons connaisseurs des rouages de la chose publique.

Pourtant, s’il y a au moins un débat à nos yeux essentiel pour l’avenir de la gauche, c’est celui de l’analyse de l’ordre social actuel et des causes qui l’engendrent. Aussi, de quelle réalité sociale parle-t-on, trop souvent tue par nos élites médiatico-politiques ? De la fin de l’ascenseur social pour les catégories les moins favorisées, de la baisse généralisée du niveau de vie, de la dégradation sans précédent des conditions de travail, de l’explosion de la précarité et des inégalités salariales, de l’inquiétante augmentation de la pauvreté depuis deux décennies en France. Et cette réalité est aussi cruellement celle de l’Angleterre et de l’Allemagne, pays dont on vante malgré tout les politiques sociales démocrates. Est-ce d’ailleurs un hasard si le parti de la gauche radicale allemande (le Die Linke) est en train de monter en puissance ?

Et lorsque l’on s’efforce de comprendre globalement le système économique et social en place, nul doute que la critique marxienne du capitalisme devient extrêmement pertinente. Est-ce par pure coquetterie intellectuelle qu’à nouveau tant de livres fleurissent sur Marx, s’il est tant cité et débattu aujourd’hui, au point que certains néolibéraux à l’instar d’Alain Minc reconnaissent la force de son analyse ? Mais que nous dit Marx sur le capitalisme de si profond ? Que les régimes coloniaux et la traite négrière permirent l’accumulation première du capital européen. Que de la richesse produit encore plus de richesse. Que l’exploitation de la force de travail par le capital – jusqu’à l’aliénation – est consubstantielle à ce système économique basé sur la propriété privée des moyens de production. Et qu’enfin pour perdurer ce système a besoin de s’étendre, d’où son internationalisation. A l’évidence personne n’est aujourd’hui en mesure de réfuter en bloc cette implacable analyse du capitalisme.

Aussi, la pensée économique et sociale de Marx gagnerait vivement à être dissociée du marxisme – en tant que doctrine philosophique et politique – si l’on souhaite clarifier les débats. On peut être marxien sans être pour autant marxiste. Ainsi, autant il nous semble qu’Olivier Besancenot a mille fois raison de vouloir mettre la question sociale au cœur des débats politiques, autant l’ossature de son programme politique empreinte de la révolution prolétarienne nous semble à la fois irréaliste et philosophiquement condamnable. En effet, ce que le marxisme a de plus contestable ce n’est pas tant qu’il aurait conduit au goulag en Russie – on pourrait toujours nous rétorquer que ce qui fut mis en place là-bas trahissait effrontément la doctrine – mais surtout qu’il tourne résolument le dos à toute philosophie des droits de l’Homme d’une part, et d’autre part qu’il ne cache pas sa haine de l’Etat ; haine de l’Etat paradoxalement partagée avec des Ordo libéraux comme l’économiste Fiedrich Hayek, éminent penseur du néolibéralisme. Or si une société sans droits individuels nous paraît inconcevable, une société de droits sans Etat de droit l’est moins encore.

Cependant, même si nous n’adhérons pas à la doctrine marxiste, la problématique de l’essence du capitalisme et des relations sociales tumultueuses qu’il engendre reste entière. Et déclarer benoîtement que le marché – dès lors qu’il serait « social et écologique » – doit demeurer la clef de voûte de tout projet économique et politique, c’est à l’évidence opter pour une épure sans substance.

Ce que nous devrions au contraire attendre des dirigeants socialistes – d’autant que bizarrement les thuriféraires de la sociale démocratie se situent tous à la droite du Parti socialiste – serait qu’ils engagent le débat sur une question somme toute fondamentale : Qu’est-ce que le politique ? Et partant de là décliner des problématiques qui en découlent : l’économique peut-il primer sur le politique ? Ou encore, le marché peut-il être tout puissant face à un Etat démocratique, et a fortiori à un Etat supranational comme l’Union européenne ? Ou enfin, peut-on opposer l’intérêt général au droit de propriété bien que proclamé inaliénable ? Malheureusement, force est d’admettre que ni les partisans de Bertrand Delanoë ni ceux de Ségolène Royal ne semblent aptes à ouvrir un tel débat. Or paradoxalement, même s’ils ne sont pas médiatisés, de tels débats ont lieu un peu partout en France dans nombre de clubs politiques qui éclosent. Est-ce un signe avant-coureur d’une prochaine vraie refondation de la gauche? Il est peut-être encore trop tôt pour l’affirmer mais nul doute qu’une telle effervescence intellectuelle produira ses effets sur le devenir du PS.
Nous nous garderons donc pour notre part de pronostiquer la prise en main future du parti par l’un ou l’autre camp, d’autant que pour des raisons de fond la gauche aurait tout à perdre que d’opter pour de tels candidats, indépendamment de l’engouement réel qu’ils suscitent.

Citoyens de gauche réveillez-vous, on vous hypnotise !

David Dahomay



vendredi 6 juin 2008

Quand le pétrole s'en va...

Pêcheurs en grève. Routiers en grève. Agriculteurs en grève. Taxis en grève. Ambulanciers en grève. Tout ça pourquoi ? Pour une seule et même raison : le pétrole. Le pétrole qui flambe. Qu’est ce qu’ils veulent les bougres ? Que l’Etat leur assure le carburant moins cher. Histoire de continuer à gagner de l’argent quand ils travaillent. On les comprend. Mais le problème est bien plus large que ça. Le pétrole cher ça pourrait bien ne pas s’arrêter de si tôt. Voire ne pas s’arrêter du tout. D’où vient ce prix ? On parle de spéculation. C’est vrai que depuis l’éclatement de la bulle sur l’immobilier américain, les spéculateurs en tout genre sont revenus aux bons vieux profits sur les matières premières. Avec les conséquences qu’on sait sur les prix de l’alimentaire mondial. Et les matières premières, c’est aussi le pétrole. Sauf que l’effet de la spéculation sur le prix du baril, pour réel qu’il soit, ne serait bien que l’écume sur la vague. D’autres causes bien plus profondes sont aussi bien plus inquiétantes pour l’avenir, au moins économique, de la planète. La principale, c’est sûrement que la consommation n’a jamais été aussi élevée. Surtout avec le développement à réaction de la Chine et de l’Inde. Et puis, les pays producteurs ont appris depuis quelques décennies à ne plus se laisser pomper par les compagnies européennes et américaines. S’ajoute une autre cause, qui ne joue peut-être pas encore vraiment, mais qui sera réellement problématique dans les années à venir : la pénurie. Ben oui, le pétrole c’est pas comme l’or de Midas. Quand y en a plus, y en a plus.

Mais prend-on vraiment conscience du bouleversement que représentera la hausse continue des prix du pétrole puis la pénurie ? Les conséquences économiques et sociales seront énormes. Car aujourd’hui, TOUT repose sur le pétrole. Prenons l’exemple de l’alimentaire. La plus grande partie de ce qu’on bouffe est issu d’une agriculture productiviste. C'est-à-dire qui produit sur d’énormes surfaces exploitées grâce à des machines qui fonctionnent…au pétrole. Qui nourrit ses cultures avec des produits qui contiennent… du pétrole. Qui nécessite, pour rejoindre les centres urbains de consommation, des transports roulant… au pétrole. Et on va acheter tout ça au supermarché… avec du pétrole. Les prix de l’alimentation risquent donc bien d’exploser d’une telle façon que la famine, on la connaîtra aussi. De manière générale, nous sommes dans une économie mondialisée qui regroupe des nations spécialisées et interdépendantes. Ce système est viable tant que les coûts de transport sont minimes… Et tout cela sans compter l’effet kiss cool du pétrole à tout crin, le réchauffement et autres désastres environnementaux, qui nous rappellera un jour qu’à trop jouer les apprentis sorciers c’est peut-être à notre fin biologique que nous courrons.

En gros, je pense que nous sommes à l’aube d’une période très difficile, très compliquée. Une période où il faudra repenser tout l’ordre économique du monde en cherchant à limiter au maximum les conséquences sociales. Si on laisse faire la jolie technique du libéralisme économique ? Oh oui, les « anomalies » seront corrigées. Mais en combien de décennies ? Pour quel coût humain ? Non, il faudra repenser des solutions plus ou moins dirigistes, concertées, volontaristes, pour rendre possible une transition vers une économie en partie relocalisée. En agriculture comme en industrie. Et il faut être honnête, oser affirmer que la société de surconsommation on devra l’oublier. Finis les cadeaux bonux en plastique. Ben oui, le plastique c’est du pétrole aussi, et puis c’est fabriqué en Chine tout ça, transporté à coup de pétrole. Décroissance ? Si ça continue, nous n’aurons pas le choix.

Alors voilà. Une volonté qu’il nous faut. Pour reconvertir des activités condamnées (comme la pêche telle qu’on la pratique aujourd’hui par exemple), pour soutenir ceux qui n’arriveront pas à s’adapter, pour pousser la recherche. Il faut le dire, l’assumer et proposer une vision. Tout ça nécessite évidemment une réflexion de long terme et une intervention publique (donc il faudra s’atteler à repenser la fiscalité, ça pourrait bien être nécessaire…). Volonté, vision, honnêteté. Peut-on en attendre autant de notre gouvernement ? Il est clair que non. Y-a-t-il quelqu’un au PS capable d’assumer une telle position ? J’ai peur de la réponse.

Pessimiste ? On verra…


Colin

jeudi 5 juin 2008

Un socle commun. Le livre noir du Libéralisme (1).

Voilà, la semaine dernière, je vous avais proposé de commencer un cycle issu du livre de Pierre Larrouturou intitulé « Le livre noir du libéralisme »… Cette démarche peut sembler curieuse de vouloir synthétiser un ouvrage. En fait, cela correspond aussi à un objectif somme tout assez égoïste en me mettant au clair avec certaines réalités économiques, par prolongement, j’espère que cela permettra de « construire » un socle commun aux militants socialistes qui viennent me lire.

Au fond, je me retrouve complètement dans cette phrase : « Oui, il faut comprendre pour pouvoir agir ». Je me permettrai d’annoter chacun des chapitres, la technique de cette synthèse sera faite de reformulation et de passage repris dans l’ouvrage (Si l’auteur me lit, j’espère qu’il ne m’en voudra pas). C’est parti.

Préalable : Le livre noir du libéralisme se décompose en trois parties. 1. Le Livre noir du libéralisme 2. Construire une alternative 3. Qu’est ce qui bloque ? A noter que tous les chiffres (oui désolé mais c’est nécessaire) proviennent de sources dont on ne peut suspecter une quelconque obédience gauchiste (eurostat, OCDE, journaux économique…). Si vous avez le moindre doute, n’hésitez pas à demander.

Préface par Michel Rocard.

« La science économique a dérivé et s’est recroquevillée pour n’être plus qu’une science de la circulation de l’argent »… « Il est moins que jamais admissible le monopole de ses réflexions de ses débats au seuls spécialistes, alors qu’on les découvre en train de jouer aux apprentis sorciers ».

Chapitre 1 : Dire la Vérité.

Deux mots me viennent naturellement à la lecture de ce chapitre mensonge et précarité et ces constats ne sont pas propre à la France.

Mensonges par omission ?
Deux exemples illustrent bien cette réalité. Celui des retraites dont on ne cesse de nous rebattre les oreilles depuis plusieurs années qu’il nous faudra travailler plus longtemps or l’age moyen de départ en retraite est passé de 62 ans en 2001 à 60,8 ans au 1er semestre 2006. C’est un des paradoxes cachés de la Réforme Fillon, celle-ci a précipité les départs en retraite. L’autre conséquence est qu’en 2002 les caisses de retraite étaient à l’équilibre et qu’aujourd’hui elles accusent un déficit de plus de 7 milliards… belle réussite.

Le deuxième exemple est bien entendu celui du chômage. Celui-ci serait à son plus bas historique depuis 30 ans. Rien de plus commode d’arranger les statistiques, de sortir telles ou telles catégories, d’oublier les dispenses, de ne pas prendre en compte les RMIstes… avec ça on arrive à un minimum de 4,5 millions de personnes sans emploi.

Ces mensonges comme tant d’autres n’ont-ils après tout qu’une fonction, cacher une autre, la précarisation accélérée pour une très large majorité de nos concitoyens au profit d’une infime minorité déjà largement pourvue ?

Une explosion de la précarité.


A mon sens un indicateur peut traduire cette réalité (attention, je ne suis pas un spécialiste), l’évolution de la part des salaires dans le PIB (Produit Intérieur Brut), celle-ci a chuté de 11% en 25 ans. Ce phénomène n’est pas propre à la France, il est mondial. Cela se traduit par une autre réalité qui nous vient des Etats-Unis : entre 1979 et 2004, le revenu des 20% des plus riches a progressé de 69% contre 9% pour les 20% les plus pauvres (à titre anecdotique c’est 169% pour le 1 les plus riches…).

Cependant, et c’est plus grave, l’autre face de ce chiffre froid c’est l’explosion sans précédent de la précarité et de la pauvreté symbolisées dans le meilleur des cas par une augmentation sans précédent du temps partiel en France, aux Etats-Unis, au Japon… alors que Sarkozy n’a de cesse de vouloir faire travailler plus, ce n’est certainement pas le RSA ou les fameux emplois à la personne de Borloo qui inverseront la tendance. Au final des millions de travailleurs pauvres se voit imposer un temps de travail réduit (la durée moyenne du travail est inférieur à 34h aux USA… étonnant… grace/à cause de la multiplication des petits boulots). En Allemagne, plus de 6 millions de travailleurs sont à 15h/semaine et la loi Hartz du gouvernement Schröder a jéte des milliers d’allemand dans la pauvreté. Le salarié est non seulement précarisé dans son travail mais il l’est également dans son accès aux soins, dans son accès à l’éducation.


Autre conséquence des changements structurels de ce fameux PIB… un Etat qui a de moins en moins de ressources pour agir durablement et redistribuer plus équitablement les fruits d’une croissance ininterrompue depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Fin du premier chapitre et je vous prie d’excuser ce résumé partiel et partial. Je n’ai pas relevé la question de la flexibilité car elle est inhérente à la précarité et que d’autres indicateurs démontre qu’elle est déjà une réalité en France. D’ailleurs, les 35h ont permis d’étendre cette sacro-sainte flexibilité. Chapitre 2 dans quelques jours.

Marc Vasseur

jeudi 29 mai 2008

Contribution de Larrouturou: tentative de réponse.


Question 1 : convoquer un nouveau Bretton-Woods ? Cela devient une nécessité. Les règles économiques du monde sont complètement faussée, et l’équilibre financier du monde est sur le point de lâcher ses derniers garde-fous. Bien sûr, ne répétons pas l’Histoire en enfermant littéralement des économistes en ne les laissant sortir qu’après résultats, mais tentons, dans cette grande conférence internationale que des gens comme Larrouturou ou Hamon appellent de leurs voeux, de mettre tout sur la table et de réparer des aberrations comme celle de notre Euro, bien trop fort.

Question 2 : négocier un Traité de l’Europe sociale ? Je crois me souvenir qu’en 2003, avant les européennes, le Parti socialiste avait déjà lancé un projet de Traité pour l’Europe sociale qui, s’il avait été une bonne préparation pour les européennes de 2004, était hélas resté lettre morte, notamment à cause des déchirements sur le TCE. Dommage. On pourrait, pourquoi pas, s’inspirer de ce texte qui était tout à fait intéressant et toujours d’actualité pour ensuite négocier d’abord avec nos partenaires européens, et ensuite porter ce projet dans les instances!

Question 3 : un impôt européen sur les bénéfices ? Réponse claire: un impôt européen sur les bénéfices, et une éco-taxe. Intérêt double: créer une véritable Europe fiscale, et donner à l’Europe des fonds propres. En clair, ajouter à la maison européenne une autre identité manquante. Mais pas seulement. Ces impôts européens auraient l’intérêt non de sanctionner mais de faire participer ceux qui peuvent se le permettre, et rétablir une certaine justice sociale.

Question 4 : négocier des montants compensatoires avec la Chine ? Bien entendu, je suis pour. Seulement voilà. Il sera difficile, dans une Europe économiquement forte mais politiquement faible, d’entamer ce genre de négociations avec la Chine. En outre, nous devrons la jouer très fine, avec les Etats-Unis d’Amérique derrière nous qui n’ont aucun, mais aucun intérêt à ce que des négociations avec la Chine soient entamées. Une Chine qui respecterait un certain nombre de règles écologiques et sociales, ce serait mettre au pilori les USA, qui devraient suivre. Tous ces paramètres sont à prendre en compte.

Question 5 : miser sur la croissance ? Je ne suis pas un spécialiste en économie, mais je lis, je m’informe. Et voici ce que je peux dire avec mes modestes connaissances: bien que la plupart des pays européens à croissance économique forte pâtissent d’une “croissance sociale” faible (Espagne, Grande-Bretagne, pourtant de centre-gauche), je pense qu’on ne peut pas imputer cela à la course à la croissance. Bien évidemment, la croissance économique est nécessaire. Le problème, ce sont les buts: est-ce qu’on cherche la croissance comme vecteur d’une croissance sociale ou est-ce qu’on met tout bonnement et simplement cette croissance économique au service de la croissance sociale? La réponse est dans la question.

Question 6 : indexer les salaires ? Voilà qui est une solution découlant de la question 5. Bien évidemment, j’y suis favorable. En indexant les salaires, on ne fait pas de la croissance économique un outil de propagande gouvernementale pour redonner le sourire aux consommateurs, mais un mètre-étalon pour la progression du pouvoir d’achat.

Question 7 : investir le Fonds de Réserve des Retraites dans le logement ? Oui, à condition que le système des retraites soit également refondé, en prenant notamment en compte la pénibilité du travail, etc. Nous avons besoin d’un système de retraites fort pour qu’il puisse servir à autre chose!

Question 8 : quelle stratégie pour le temps de travail ?
J’ai déjà donné mon point de vue sur la question.Calendrier simple: retour sur la loi Aubry II, qui a fait du tort à 80% des salariés. Renégociation, et incitations à l’emploi. Stratégie de gagnant-gagnant, dans l’esprit de la loi Aubry I. Ca, c’est pour 2012, donc tout de suite.

Question 9 : construire une Europe politique ? Je suis fédéraliste. Je sais pertinemment que beaucoup de pays d’Europe ne le sont pas, notamment parce que la droite y est au pouvoir. Néanmoins, une impulsion donnée par les socialistes (et notamment les socialistes français) pour aboutir à autre chose qu’un traité simplifié serait tout à fait pertinent. De manière globale, bosser davantage avec nos partenaires européens, c’est réellement construire le PSE, et avec lui, de vrais partis politiques européens, donc une vraie Europe politique.

Question 10 : quelle démocratie interne ? Je reprends les propositions de mon camarade Marc Vasseur, elles sont salutaires.

Source Maxime Pisano

jeudi 22 mai 2008

La ligne claire

Nous pensons qu’aujourd’hui, le congrès du Parti Socialiste est mal engagé, dans la mesure où ses enjeux semblent devoir se concentrer sur la prise du pouvoir du parti dans la perspective des présidentielles et que le débat de fond s’en trouvera escamoté.

Pire, les nécessités tactiques induites par cette lutte pour le pouvoir risquent d’engendrer une alliance des contraires qui brouillera un peu plus l’image du PS.

Si le PS a perdu les deux dernières présidentielles avec deux candidats aux profils si différents, c’est que la défaite ne tenait pas à leur personnalité mais à l’absence d’une politique claire dans laquelle les Français puissent se reconnaître.

Le PS n’a, en effet jamais totalement tranché entre ceux qui rêvent encore du Grand soir et ceux qui assument leur choix réformiste. Cette volonté de réforme, nous l’assumons totalement dans nos collectivités locales et c’est sans doute ce qui explique les victoires que nous remportons dans ces territoires.

Nos politiques sociales y sont audacieuses, notre engagement sur les questions environnementales fort ; nous nous situons souvent à l’avant-garde des grands projets urbains. Mais, dans le même temps, nous nous engageons pleinement sur le plan économique aux côtés des entreprises dans des politiques d’innovation et de développement qui nous permettent de créer de la richesse.

Ces politiques sont largement approuvées par nos concitoyens qui n’hésitent pas à nous confier des responsabilités au niveau local alors même que nous échouons à toutes les élections nationales.

C’est pourquoi nous pensons qu’il est urgent de mettre fin à la schizophrénie qui existe entre nos pratiques locales et un certain discours national. Ce sera là le plus sûr gage de pouvoir incarner une alternative à la politique aujourd’hui menée.

Nous souhaitons donc qu’avant d’être un débat sur les personnes, le congrès de Reims soit un congrès de clarification permettant de prendre pleinement en compte le monde moderne.

C’est pourquoi nous appelons toutes celles et tous ceux qui se reconnaissent dans cette ligne politique à rédiger et à signer avec nous, une contribution qui mettra la clarification au cœur de nos débats du prochain congrès.

Gérard Collomb Sénateur-Mairie de Lyon

Jean-Noël Guérini Sénateur Président du Conseil général des Bouches du Rhône

Vincent Feltesse Président de la Communauté urbaine de Bordeaux Maire de Blanquefort

Source Ligneclaire

mercredi 21 mai 2008

Pour un nouveau protectionnisme

Je pense qu'aujourd'hui il est plus que temps de fermer les frontières afin de limiter la casse orchestrée par l'anarchie financière de la seule partie de l'économie qui est dans une situation libérale : les finances.

Quand je dis fermer les frontières, je suis très certainement bien trop fort dans le vocabulaire que j'utilise. En effet, je ne pense pas et ne souhaite pas voir la France mettre des cadenas aux frontières matérielles et immatérielles. Si aujourd'hui la porte est grande ouverte, la cadenasser demain serait une contre-réforme réactionnaire et économiquement dangereuse. Ce qu'il faut c'est repousser la porte afin que les vents financiers déferlant sur l'économie mondiale aient moins de prises au final.

J'avais déjà émis le souhait il y a plusieurs mois que les flux financiers financent une grande institution mondiale de ranking que j'avais nommé modestement IRI pour International Ranking Institution servant à classer les risques des flux financiers afin d'en limiter les risques et ayant pour effet de ne plus être tributaire des entreprises cotées en bourse. Ce protectionnisme sur les flux financiers entrent dans ce nouveau protectionnisme bien entendu.

Le protectionnisme n'est pas un gros mot. Se protéger c'est ce que chacun a le droit de désirer. Emmanuel Todd, le penseur de la fracture sociale de Jacques Chirac, milite depuis plusieurs années pour un protectionnisme européen. Hubert Vedrine dans son rapport remis à Nicolas Sarkozy sur la France dans la Mondialisation émet le souhait d'une dose de protectionnisme ( contingentement, taxes, normes). En effet, si le protectionnisme n'est pas la seule situation à la crise de fond que le monde subit, c'est la bonne solution. Bien entendu, le niveau du protectionnisme n'est plus le même que celui de la France de papa, de grand-papa et d'arrière grand-papa.

Il faut aujourd'hui réinventer un nouveau protectionnisme. Je ne veux pas d'un protectionnisme visant à freiner la diffusion des inventions et des innovation car c'est un moteur de développement. Je ne veux pas d'un protectionnisme visant à renchérir nos importations et nos exportations. Taper au niveau du porte-feuille des travailleurs me semble peu opportun. Je ne veux pas d'un protectionnisme visant à protéger les riches et appauvrir les pauvres. Ce protectionnisme n'a que trop duré et est plus responsable de la famine des Noirs que leur bite comme certains osent l'écrire dans leurs autobiographies. Ces protectionnismes sont néfastes et il serait temps de mettre au point de vrais mécanisme de protectionnisme visant ce qui fait le plus de mal au travailleur : le libéralisme financier.

Protectionnisme ou libéralisme? Et si vous souhaitez du protectionnisme, quel type de protectionnisme souhaitez-vous?

Source Abadinte

mardi 20 mai 2008

Un congrès socialiste très première gauche.

Pourvu d’une modeste expérience du Parti Socialiste, deux choses me frappent dans ce congrès, outre l’absence encore patente d’un vrai débat de fond, c’est la victoire totale de la ligne sociale-démocrate. Et ce au moment même où celle-ci est moribonde (papier toujours en cours de rédaction).

La seconde réflexion, plus interne à la France c’est de voir un congrès dominé par la 1er Gauche alors qu’après 35 ans, la 2eme gauche a enfin gagné la bataille idéologique.

Alors vous me direz c’est loin tout ça… et bien non… car il est difficile d’oublier que celles-ci étaient respectivement incarnées par François Mitterrand et Michel Rocard.

Au fond Rocard avait raison dès le congrès de Metz (1979) et pourtant… si on fait une filiation de cette fracture à notre congrès de Reims… la deuxième gauche est sortie du jeu... définitivement ?

De Fabius à Delanoë, de Royal à Moscovici, tous son héritier à leur façon de l’héritage mitterrandien… Ultime victoire posthume de notre machiavel de gauche.

N’oublions pas que les deux fils naturels de l’unique Président de gauche de la Vème sont Jospin et Fabius et ces deux là s’étaient affrontés à Rennes… avec cependant un ennemi commun Michel Rocard.

Or DSK et Delanoë ne sont que deux branches de la jospinie. La trajectoire de Ségolène Royal est certes un peu moins nette et certains seraient tentés de penser qu’avec les clubs deloristes, on pourrait la rattacher à cette deuxième gauche sauf que Jacques Delors s’est toujours bien gardé de se revendiquer ouvertement de cette proximité.

Quelle importance me direz vous ?

Pour moi elle est essentielle, les figures de cette 2eme gauche (Mendes, Rocard, Maire…) n’ont eu de cesse d’explorer les champs des possibles, dans le sens où la prise en compte de la réalité n’empêche pas la créativité et l’innovation. Un autre élément me parait tout aussi important,la curiosité, l’écoute, le dialogue avec les acteurs de la société. Il n’est d’ailleurs pas anodin que Michel Rocard ait porté avec talent et conviction la question des logiciels libres au niveau européen… pourtant ce n’est pas à priori son domaine de prédilection…

Caricaturale… je vous invite à un petit retour en arrière sur la mise en place de la seconde loi sur les 35h… mais aussi au cours des deux premiers septennats, je ne suis pas certain que les partenaires sociaux aient un souvenir impérissable du dialogue social de l’époque… Je ne parle pas non plus la lente dégradation des rapports entre le parti socialiste et les intellectuels mais d’éminents universitaires l’attestent.

Alors oui, je reste persuadé qu’aujourd’hui, si la 2eme gauche a gagné le débat économique ; pour la première gauche, la question de la pratique politique reste un sujet… j’ose le mot… tabou. Au fond une conception très pyramidale, très jacobine de la politique.

Alors aujourd’hui, oui j’aime l’agilité intellectuelle et la capacité à sortir des idées d’un DSK (en même temps, j’ai l’impression qu’il s’est un peu émoussé), comme je donne crédit à Ségolène Royal son intuition sur la démocratie participative même si, à mon sens, elle est encore en gestation.

Cependant, nous avons perdu 30 ans et aujourd’hui nous avons devant nous une social-démocratie à bout de souffle, dans une sorte d’incapacité à penser un monde global et local, replié et ouvert… mais c’est le sujet d’un autre article.

Marc Vasseur

lundi 19 mai 2008

Limiter les salaires ?

Limiter les salaires. Vraiment, pas qu'un peu. Voilà une proposition qui peut paraître déplacée quand on ne parle que d'augmenter le pouvoir d'achat. Pourtant ce n'est peut-être qu'une manière radicale de poser le problème des inégalités de revenus. C'est en tout cas une idée qui me semble très rarement débattue. Je ne l'ai vue posée qu'une fois : dans le numéro de février de la Décroissance (débat entre Besancenot, Geneviève Adam d'ATTAC et Pierre Khalfa de Solidaires). C'est d'ailleurs en le refeuilletant que m'est venue l'idée de ce billet.


Quels seraient les avantages d'une limitation des salaires ? Ou plutôt d'une limitation des revenus, les revenus du patrimoine étant plus élevés que les revenus des salaires chez les plus riches.


Un avantage social d'abord : à une richesse donnée, l'existence de très haut revenus n'est possible que parce que d'autres sont ridicules. Décider d'une telle mesure s'accompagne donc d'un salaire minimum supérieur à l'actuel SMIC (voire un revenu minimum garanti bien supérieur au SMIC) Limiter les revenus pose la question de la méthode et de la destination des sommes dégagés. Si c'est par l'impôt qu'on créé cette limitation, voilà qui peut entraîner des ressources permettant de développer vraiment des services publics efficaces et gratuits. Par exemple. Une telle mesure me semble également pouvoir se conjuguer avec une diminution du temps de travail.

Avantage écologique peut-être. C'est notre mode de consommation qui est en cause face à la crise écologique. Limiter les revenus, c'est limiter les comportements excessifs d'une infime minorité. C'est surtout limiter les comportements d'une part de la population, conséquente cette fois, qu'on fait rêver avec les frasques de cette infime minorité. Et qui, par mimétisme, consomme des ersatz de luxes, encore plus mauvais écologiquement.

Un élément philosophique me semble également fondamental. On parle d'égalité, même à droite avec "l'égalité des chances", on parle d'individus, on parle de mérite, de "valeur travail". Y aurait-il des individus qui "valent" 10, 50, 100 fois d'autres individus ; des individus dont le travail mérite une récompense 10, 50, 100 fois supérieure à celle d'un autre ? Bernard Arnault a gagné 27 000 années de SMIC en 2006. 27 000. Comment peut-on justifier ça ?
Dans le même registre, ce serait finalement diminuer l'emprise du marché sur les conditions d'existences des êtres humains : on ne fixerait plus la valeur d'un être humain uniquement à la faveur de l'offre et la demande...



Alors évidemment je suis conscient que d'importantes limites s'opposent à une telle mesure. Je ne suis d'ailleurs pas convaincu qu'elle soit désirable, je reste à persuader, dans un sens comme dans l'autre. Par quelle méthode : limite stricte, impôt énorme au dessus d'un seuil... ? Comment définir ce seuil ? Je me doute aussi que notre chère Union Européenne ne nous le permettrait pas... ce qui ne me semble pas empêcher le débat. En gros, je n'ai aucune idée de la manière dont on peut caler économiquement une telle idée... mais elle me semble être une piste intéressante de discussion.


Colin

mercredi 14 mai 2008

Cotiser 41 ans, "there is no alternative ?"

Voilà. Xavier Bertrand l'a dit et l'impose (il négocie mais annonce déjà le mot de la fin...), il faudra désormais avoir cotisé 41 ans pour obtenir une retraite à pension complète. Un argument de bon sens semble présider à une telle évolution : l'espérance de vie ne cesse de s'allonger, alors pourquoi ne pas travailler plus longtemps ? Revient aussi l'éternelle comparaison avec nos voisins : si d'autres pays l'ont fait, pourquoi se priver de ce progrès ? Et enfin, l'incontournable depuis Margaret Thatcher : il n'y a pas d'autre solution, "there is no alternative". Vraiment ?

D'abord, il faut souligner les limites d'une telle évolution. En effet, telle que tourne aujourd'hui la société française, le passage à 41 ans risque surtout d'être une baisse des pensions. D'une part parce que, les études s'allongeant, on entre de plus en plus tard sur le marché du travail ; d'autre part, et surtout, parce que le taux "d'emploi des seniors" n'est aujourd'hui que de 38%, quand bien même l'âge légal de départ à la retraite est de 60 ans, après 40 années de cotisation. Ce qui signifie qu'il y a déjà aujourd'hui un nombre considérable de travailleurs qui atteindront la retraite sans pension complète. Avec l'évolution voulue par Xavier Bertrand, ils seront plus nombreux et leurs pensions seront moins complètes. Evidemment, le ministre n'oublie pas de dire que faire évoluer cette situation est une de ses priorités. Reste qu'il n'explique pas vraiment comment il le fera, et qu'en l'état actuel des choses, sa réforme sera avant tout celle d'une baisse des pensions. N'aurait-il pas d'abord dû faire augmenter le travail des seniors avant d'allonger la durée de cotisation ?

Autre point : cet allongement "brut" à 41 ans ne prend pas en compte une donnée essentielle : l'influence de la pénibilité de l'emploi sur l'espérance de vie. Aujourd'hui l'espérance de vie d'un ouvrier est, de mémoire, d'environ 10 ans plus courte que celle d'un cadre. Si on prend l'argument principal de notre ministre - on vit plus longtemps alors travaillons plus longtemps - l'ouvrier devrait cotiser quelques années de moins que son supérieur.

Un dernier argument, moins concret, plus philosophique peut également s'opposer à cet allongement. Le progrès scientifique avance depuis des siècles dans le sens d'une augmentation de la productivité. N'est-il pas alors concevable de vouloir profiter de nos vies plus longues pour travailler proportionnellement moins tout en produisant plus ? Surtout que l'urgence écologique devrait nous rappeler l'absurdité de toujours vouloir produire plus.

Bien. Mais si malgré tous ces défauts, allonger la durée de cotisation est la seule solution pour sauvegarder notre régime de retraite par répartition, comment s'y opposer ? There is no alternative ? Il semble pourtant que oui, d'autres solutions existent, qui font que cette réforme n'est pas LA solution. Pour atteindre l'équilibre, le système des retraites peut donc augmenter la durée de cotisation, on vient d'en voir les inconvénients, augmenter le taux de cotisation, avec des répercussions sur les salaires et sur l'emploi, ou diversifier les sources de revenus. Dans cette dernière optique je voudrais signaler plusieurs pistes.

Une piste régulièrement évoquée est celle proposée par l'éternel gauchiste qu'est Philippe Seguin, premier président de la Cour des Comptes. Il a en effet pondu un rapport dans lequel il estime qu'en taxant les revenus autres que les salaires, et notamment les stock-options, on pourrait en tirer 6 milliards d'euros.

De son côté, Benoît Hamon propose ce qu'il appelle une "cotisation sur la valeur ajoutée". Principe relativement simple : plutôt que de faire payer les cotisations patronales en fonction du nombre de salariés (ce qui encourage par exemple à remplacer des emplois par des machines), il s'agirait de les calculer en fonction des bénéfices de l'entreprise.

Il existe encore près de 30 milliards d'euros d'exonération de cotisation sociale en faveur des employeurs. Certaines ont des effets bénéfiques sur l'emploi ou autre. D'autres moins. Faisons-en un inventaire exhaustif pour évaluer celles qui n'ont sont pas réellement utiles... et supprimons les.

Dernière piste que je soumets pour l'instant : les Français ont placé en gros 1000 milliards d'euros en assurance-vie. 1000 milliards. On en déplace 1% vers les retraites, ça fait 10 milliards... en combinant avec les pistes proposées au dessus, c'est bien plus que ce qu'il faut.

Bref. Dans l'absolu, je ne suis pas encore fixé sur l'idée de savoir si l'allongement de la vie doit se traduire par un allongement du travail. Même si je suis sensible à l'idée qu'on n'est pas sur terre que pour travailler. Mais ce qui est certain, c'est qu'une telle réforme ne devrait pas avoir lieu avant qu'on ait réglé la question du chômage des seniors et elle ne doit pas être conçue de manière uniforme, sans prendre en compte la diversité des situations. Et avant d'en arriver là, je crois qu'il y a un certain nombre de pistes à exploiter. J'en ai cité quelques unes, il y en a sûrement d'autres... Il n'y a pas UNE solution miracle, mais plusieurs ressources à exploiter conjointement.


Colin

samedi 10 mai 2008

Quelques propositions naïves

L'un des avantages d'être sympathisant PS et non un authentique militant encarté, c'est qu'on peut lancer des idées allègrement, avec une naïveté parfaite, sans peur que ses camarades de section se moquent de vous parce que vous n'aviez rien compris à tel ou tel discours à Epinay. En somme, voici quelques considérations qui me semblent importantes et qui ne semblent pas recevoir beaucoup d'attention de la part du PS.

En vrac:

Une économie indélocalisable.

J'entendais quelqu'un dire l'autre jour : "même si vous n'aimez pas la mondialisation, la mondialisation est là". Dans ses dix questions, Ségolène Royal demandait :

Les peuples du Nord doivent être protégés de la concurrence internationale sans que les peuples du Sud ne soient victimes du protectionnisme. Avec quelles nouvelles règles ?

Plusieurs des participants ont répondu pour souligner la contradiction inhérente dans la formulation de la question. Par exemple :

Il n'est tout simplement pas possible de se protéger sans pénaliser les pays du Sud. C'est mathématique. Et chercher à résoudre cette quadrature du cercle, c'est surtout chercher à justifier l'injustifiable.

Jusqu'à présent, la ligne économique de Nicolas Sarkozy a été dans l'ensemble étatiste et protectioniste, patriotisme économique oblige. Comme si la seule réponse possible à la mondialisation était de lutter contre ces pays rivaux où l'on peut payer des ouvriers deux ou trois dollars par jour sans proposer la moindre forme de protection sociale.

Or, certaines industries, certains domaines ne peuvent pas être délocalisées ou ne peuvent pas être atteints par la concurrence internationale : le bâtiment, par exemple. Ca ne sert à rien de faire construire votre immeuble à bas prix au Bangladesh, si votre terrain est en France. Si l'agriculture intensive est susceptible de concurrence internationale, l'agriculture bio devrait beaucoup mieux résister, puisque la distance entre producteur et consommateur est un facteur plus décisif. De façon générale, les services vont mieux résister à ce type de concurrence, pour des raisons géographiques ou culturelles.

Historiquement, le PS, voulant défendre les intérêts des ouvriers, défend aussi un certain statut quo dans l'industrie. Il ne s'agit pas d'abandonner la défense de ces intérêts, mais de réfléchir à infléchir le développement de l'économie pour justement accentuer, renforcer ses aspects locaux.

Artisans et microentreprises

L'accent mis historiquement par le PS sur les salariés a peut-être laissé à la droite tout un "peuple" de travailleurs économiquement dominés, souvent vivant des situations extrêmement précaires, mais qui ont tendance à se reconnaître davantage dans la droite. Pourtant ce ne sont guère des "patrons".

L'idée d'une sorte de Small business act à la française était l'une des plus fortes de la campagne, mais il faudrait trouver le moyen (je ne suis que sympathisant, là) d'intégrer les intérêts de ces catégories dans un programme de gauche.

Redistribution

Ce matin, sur Sarkofrance :

L'inspection rappelle d'abord que l'impôt sur le revenu représente une part de plus en plus faible des recettes fiscales 6,5% des prélèvements obligatoires en 2008, soit 60 milliards d'euros de recettes. Pire, cet impôt ne respecte pas toujours le principe de progressivité, à cause des niches fiscales. En 2008, il existe 200 dispositifs dérogatoires à l'IR (abattements, exonérations, déductions, réductions et crédit d'impôts) pour un montant de 39 milliards d'euros.

L'impôt sur le revenu, en 2006, représentait 17,2% des impôts perçus par l'Etat, tandis que la TVA représentait 48,9% (source). Et Sarkozy et Cie rêvent (ou rêvait, en tout cas, du temps où il était encore le président du pouvoir d'achat) d'augmenter la TVA encore plus. Pour le social. S'il y a une taxe responsable de la "vie chère", du manque de pouvoir d'achat, et qui frappe les plus modestes, c'est bien la TVA. Dans des pays beaucoup moins "sociaux" que la France, la part de l'impôt sur le revenu est beaucoup plus importante : 29,8% en Grande-Bretagne, 37,7% aux Etats-Unis (en 2004).

Faire de l'impôt sur le revenu un mécanisme de redistribution, contre la TVA, me semble logique, et très clairement à gauche.

Dans le même ordre d'idées (mais là c'est beaucoup plus compliqué, j'imagine), c'est-à-dire un ordre d'idées très clairement socdem, il faudrait peut-être aussi réintroduire la redistribution dans le fonctionnement de l'Etat providence. Je pense, par exemple, à l'assurance chômage et aux retraites : diminuer les allocations des chômeurs et retraités riches, pour augmenter celles des plus modestes. Ou une autre formule semblable dans la même optique : faire de la protection sociale un instrument de redistribution.

Bon, je suis à peu près au bout de mes capacités de sympathisant. J'attends maintenant vos commentaires pour apprendre pourquoi tout ça ne marchera pas, n'est pas vraiment à gauche, a déjà échoué en Finlande, etc.


o16o

vendredi 2 mai 2008

Parti Socialiste : la machine à perdre est sur les rails.

Voilà, le congrès semble déjà s’être déjà déroulé, notre projet adopté et nos candidats putatifs alignés sur la ligne de départ pour les présidentielles de 2012.

Stop !! Assez !!!

Messieurs et mesdames les ténors, pouvez-vous une fois dans votre vie mettre vos egos en sourdine pour qu’enfin les militants en leur âme et conscience puissent exprimer leur vision du parti pour les prochaines années.
Est-ce trop vous demander également de nous faire part de vos propositions dans ce domaine qui dépassent les banalités d’usage que toute personne normalement pourvue d’un cerveau peut faire entre la poire et le café.

Car pour l’heure force est de constater un vide abyssal puisque que nos déjà déclarés candidats ont à peine dépassé le stade de la déclaration de principes théoriquement en débat dans les sections.

J’ose à peine évoquer la promptitude de certains à revenir sur leur propre déclaration en la matière évoquant la désignation du candidat pour 2010-2011… Un peu de décence c’est trop vous demander ?

Permettez moi également de vous dire ceci : je me contrefous que vous sentiez prêt ou que vous vous reposiez sur un socle électoral solide, cela ne constitue en rien un projet de société or c’est bien de cela dont nous avons besoin.

Et si la bête sarkozienne est gisante, il est illusoire de croire à une victoire par défaut. D’une part l’histoire nous enseigne que celle-ci prépare les déconvenues de demain et que d’autre part dans ce contexte la bataille est loin d’être jouée.

Le militant, le socialiste, déjà excédé par l’incapacité chronique du PS à se transformer depuis deux décennies, atteint les limites du supportable en regardant ce bal des prétendants. Nous sommes à un mois et demi d’une convention sur les statuts… et pourtant à cette heure, je n’ai encore eu le loisir de lire quelques lignes que se soient de votre part sur ce point essentiel pour la construction d’un parti démocratique en phase avec son époque. *

Alors de grâce, remballez votre queue de paon et bossez vos sujets !

Très honnêtement, vous croyez un instant que les militants vous attendent encore comme le messie, l’homme ou la femme providentiel… NON !! Je sais c’est chiant mais désormais on peut réfléchir, lire et même voter sans attendre l’onction dirigeante.

Alors maintenant si vous voulez bien l’espace d’un ou deux ans mettre aux placards vos querelles de bac à sable… pour vous mettre au travail sérieusement… je vous en serais gré et je ne crois pas être le seul dans ce cas là… et après nous on vote, non sur des châteaux en Espagne mais sur un projet solide et cohérent.

Sinon, vous pouvez continuer de la sorte mais j’ai bien peur que vos rêves élyséens se transforment en mirages.

Vous avez mis la machine à perdre en route, à vous de l’arrêter.


Marc Vasseur

vendredi 18 avril 2008

On ferme !

Ce blog ferme. O16o et moi (Nicolas J) nous en retrouvons seuls administrateurs. Nous avions accepté ce rôle à la demande du créateur car nous avons nos blogs hébergés par la même plate-forme.

Il s’agissait, au départ, de regrouper militants et sympathisants socialistes pour faire des propositions en vue du congrès qui se tiendra en fin d’année. La création m’avait enthousiasmée car ça fait plus de deux ans que je tiens un blog politique de gauche sans vouloir adhérer au PS : j’avais l’occasion d’apporter ma modeste pierre à l’édifice.

En fait, par le présent billet, je ne crois pas rendre service à l’édifice.

C’est ballot, mais le créateur du blog a démissionné. Dans nos outils de discussion très web 2.0, j’ai lancé un appel pour le remplacer… Pour une fois, aucun socialo ne s’est battu pour devenir leader.

Il reste donc O16o et moi. Vive nous ! Mais nous ne voulons pas gérer ce blog. Je ne veux pas parler à la place de O16o, pour ce qui me concerne, j’estime que gérer un blog politique c’est beaucoup de boulot, j’ai assez avec les miens (j’en profite pour mettre des liens !). C’est beaucoup de boulot, mais aussi de responsabilités : on est responsable du contenu, un peu comme le directeur de la publication d’un journal. Un individu met un commentaire suspect : je me retrouve devant la justice. Non merci.

Mais surtout, ni O16o ni moi ne sommes adhérents du Parti Socialiste. Nous n’avons aucune légitimité pour animer ce groupe. Ca aurait même été grotesque.

Alors voilà. Sans concertation avec mon collègue, j’ai décidé, en mettant mes chaussettes ce matin, de fermer le groupe. Et de vider mon sac.

J’en ai marre ! Je lis les blogs, les commentaires. Nous avons des outils qui nous permettent d’échanger, … La plupart des discussions tournent autour de Ségolène Royal. Les « anti » nous disent pourquoi, les « pro » nous disent pourquoi,…

A la fin, toute objectivité en est perdue. Les « anti » en font trop. Du coup, les « pro » crient à l’acharnement, au machisme, … sans avancer le moindre argument.

Ils nous disent : « nous on parle du fond, regardez, Ségolène a créé Congrès Utile et Serein » sans se rendre compte que le titre n’est pas maladroit, il est délibérément provocateur : « nanère, les autres s’engueulent, de toute manière c’est nous qu’on va gagner qu’on a les zidées, patati, patata ». Pour ma part (je me range dans les « anti mais gentil »), j’attends que Ségolène Royal nous fasse des vrais propositions et arrête de mettre en place des outils participatifs pour inviter les gens à apporter 356 201 contributions puis paye des gugusses pour en faire une synthèse molle. Car il s’agit bien de ça. « Nous on parle du fond ». Pouf pouf.

De l’autre côté, ils se fatiguent tellement à dire « c’est nous qu’on est la vraie gauche » qui finissent par en oublier de faire des propositions. Et comme ils savent qu’ils n’ont presque aucun leader charismatique qui pourrait « prendre » le parti et devenir Président de la République, ils ne pensent qu’à taper sur les Ségolistes.

C’est, du moins, ce que je perçois, ce qui tourne dans ma petite tête ce matin et qui doit trotter dans la tête de pas mal d’électeurs.

J’ai pris la décision mercredi, en fait, pour la laisser murir… : je ferme. Ca suffit pour moi.

Vous voyez comment sont les socialos ? Ils ont donné la main à un clown pour dire du mal d’eux dans un blog qu’ils imaginaient comme un outil de reconstruction.

Mes canards, continuez comme ça et la gauche n’est pas près de retrouver le pouvoir !

Ce blog est fermé. « Pub’s close » comme dit mon copain Yannick.
Les commentaires aussi. Tiens ! Je vais recopier ce billet chez moi.

(photo)

jeudi 10 avril 2008

Congrès : Pour une révolution statutaire.


En préambule, veuillez prendre ce texte ce papier comme un « work in progress » non structuré sur lequel je vous invite à critiquer, proposer… le but… au fond, je n’en sais rien moi-même… un simple pièce au dossier, un ballon d’essai… dans tous les cas, rappelez vous que je suis insignifiant et qu’avant tout c’est un exercice de style, un exercice d’utopie.

François Hollande nous a proposé de réfléchir avant tout chose sur les statuts, pour ma part je pensais que ceux-ci devaient être la traduction de notre travail de réflexion sur le parti tant en programmatique qu’idéologique.

Dont acte, commençons donc pas ce règlement intérieur sans perdre de vue qu’ils ne sont que la traduction d’une autre aspiration, celle d’un parti socialiste ouvert sur la société et sorte de creuser d’une nouvelle démocratie en phase avec la révolution informationnelle.

Sur les élus :

- Instauration du mandat unique pour les élus nationaux, les présidents d’exécutif (maire, président de conseil régionaux…).
- A dix ans cette règle du mandat unique s’imposera à tous les mandats (seule exception pour les structures intercommunales tant que ces dernières ne sont élues au suffrage universel)
- Limitation à 3 mandats successifs sur un même poste.
- Limiter à 2 le nombre de présidences fonctionnelles (HLM, syndicat mixte…)
- Instauration de la parité dans tous les exécutifs dès les prochaines échéances.

Sur les instances du parti (bureau national, conseil national…) :

- Afin de d’avoir une représentation plus conforme à la diversité de la société, limiter à 30% le poids des élus dans les différents échelons de représentation du parti (national, fédéral…).
- Sa composition est issue du congrès avec sur la base des motions. La motion arrivée en tête recueille la majorité + 1 des sièges. La moitié restante étant répartie entre les motions ayant obtenu 7.5%
- Le Premier secrétaire, les premiers fédéraux, les secrétaires de section sont élus par les militants.

Sur la reconnaissance des motions :

- Les motions se voient reconnaître dès lorsqu’elles franchissent les 7,5% des suffrages exprimés.
- Elles sont dotées d’un budget de fonctionnement.
- Elles bénéficient d’une tribune dans les outils de communication du parti.
- Elles ont un droit inaliénable de se réunir.
- Elles sont régies par les statuts du parti (cumul, parité…)
- Les motions ont un droit de regard régulier sur les finances du Parti.
- Celles-ci ont également accès au fichier des adhérents.

Cette reconnaissance implique néanmoins une discipline collective une fois dès qu’une décision est actée par le parti, à défaut des sanctions peuvent être prises.

Sur l’émergence d’une e-Démocratie.

- Mise en place d’une Fédération Internet, au niveau national, au niveau fédéral.
- Consulter régulièrement les militants par ce biais (« sondage », forum… ).
- Tout adhérent du PS est de facto adhérent de cette fédération.
- Internet favorisant une certaine horizontalité de l’information, la gestion de celle-ci se fait sur un mode collégial.
- Celle-ci n’est pas un élément extérieur au PS mais intégrée dans les débats du PS afin de prendre en compte les nouvelles réalités des modes de vie des adhérents.

Voilà mes premiers éléments de réflexion sur les statuts, j’hésite à aller plus loin dans une rédaction plus conform à à ce genre de texte.


Source : Marc Vasseur

samedi 5 avril 2008

Reprendre le chemin de l’unité de la gauche

La gauche l’a emporté mais c’est surtout la droite qui a été défaite: tel est l’enseignement principal des dernières élections municipales qui pourraient se révéler un piège pour la gauche si elle n’est pas capable de l’apprécier avec lucidité. Une cohabitation d’un nouveau type risque de s’installer: à la droite le pouvoir d’Etat, à la gauche le pouvoir local. Cette division du travail politique serait d’autant plus funeste que les élus des partis de gauche ont souvent renoncé à toute ambition de transformation sociale au niveau local.

Le clivage gauche/droite est peu lisible sur le plan local. Le dit "socialisme municipal" s’apparente ainsi avant tout à une entreprise de conquête et de maintien de mandats électoraux. Les puissantes bases locales du PS ne constituaient plus vraiment des bases politiques de reconstruction de la gauche. Si le PS a cherché à conférer au scrutin une dimension nationale, il a laissé une très grande autonomie au local dans la définition des stratégies et le périmètre des alliances légitimes. Aucune règle nationale n’a véritablement prévalu. L’alliance avec le MoDem a pu être conclue dès le premier tour à Montpellier, Dijon ou Roubaix en fonction de "contextes locaux". Le MoDem est parvenu ainsi à ébranler des alliances intangibles depuis trente ans et la stratégie d’union de la gauche décidée dans les années 1970 qui avait mis un terme aux alliances socialo-centristes. Un certain parfum de Quatrième République a plané sur ces élections municipales marquées par des alliances à géométrie variable. L’union de la gauche a pourtant encore démontré dans de nombreuses villes son efficacité. Des rapprochements avec l’extrême gauche ont pu s’opérer ici et là.

Malgré les apparences, une crise historique pour les forces de gauche.

Le retournement de la situation politique, aussi fragile que trompeur, ne saurait occulter la crise historique que traversent les forces de gauche. La tentation est grande pour la gauche de se contenter d’engranger les dernières victoires et de se dérober, par facilité, aux défis redoutables qu’elle doit relever. Faut-il le rappeler? La gauche a réalisé un des scores les plus faibles de son histoire au premier tour de la dernière élection présidentielle, il y a moins d’un an.

Alors que la société se durcit et les inégalités s’exacerbent, la droite a remporté une victoire idéologique par-delà l’adhésion à un homme. Cette défaite a ouvert une fenêtre d’opportunité pour dépasser les routines organisationnelles, rouvrir les possibles, redéfinir le pensable, inventer l’avenir. Elle peut vite se refermer si des perspectives ambitieuses ne sont pas tracées. Le temps presse. La logique de l’inertie ne saurait reprendre ses droits. Il faut un grand dessein, une nouvelle frontière pour la gauche. La constitution d’un parti de la gauche unifiée constitue un horizon mobilisateur même si cette perspective peut sembler aujourd’hui à bien des égards improbable. C’est le sens de l’appel à un parti de la gauche, lancé par Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès qui constitue une initiative à la hauteur des enjeux.

L’émiettement de la gauche est aujourd’hui un des ressorts de sa faiblesse.

Ses frontières organisationnelles ne recouvrent plus ses divergences idéologiques. Cette atomisation est alimentée par une présidentialisation mortifère qui n’épargne aucune organisation. L’électoralisme, encouragé par le financement public des partis, ne gangrène pas seulement le parti socialiste mais la gauche dans son ensemble et l’extrême gauche en particulier qui cultive son petit segment électoral. In fine, il ne conduit qu’à la défaite. Tous les partis sont aujourd’hui à bout de souffle. La gauche du PS, plombée par des logiques de boutiques et la personnalisation des enjeux, ne peut peser. La LCR s’est lancée dans une refondation solitaire, tirant argument des ambiguïtés du PC, écartelé quant à lui entre la nécessité de préserver son implantation locale et sa proximité idéologique avec l’anti-libéralisme.

Le PS dont personne ne croit en la rénovation a imposé son leadership mais il est trop faible à lui seul. Il prend prétexte de l’affaiblissement de la gauche pour séduire le centre. L’extrême gauche est ainsi l’allié objectif des "modernisateurs" socialistes. La dérive droitière du PS conforte en retour la radicalité politique. Les Verts sont dans l’impasse et ne tirent aucun profit de la nouvelle prise de conscience écologique. Ces contradictions font système: elles ne peuvent être dépassées qu’en relançant une dynamique unitaire qui a toujours été historiquement un talisman pour la victoire électorale de la gauche et les avancées sociales.

Quatre fausses-solutions sont avancées ici et là pour surmonter la division de la gauche:

  • la création d’un parti « démocrate » à l’américaine: ce parti de "supporters" ne serait pas en situation d’engager la bataille des idées;
    des pseudo-rénovations des partis de gauche, chacun de son côté: ces replâtrages sont voués à l’échec (les militants n’y croient même plus) et répondent à des logiques de conservation, de reproduction d’appareil;
  • un parti "à gauche de la gauche" à l’image du parti allemand Die Linke: il aurait le mérite de clarifier des divergences idéologiques réelles. Mais c’est avec le maintien durable de la droite au pouvoir (compte-tenu de la spécificité des règles institutionnelles françaises) que la gauche doit composer si elle veut gagner et mettre un terme aux dégâts du libéralisme sauvage de la droite;
  • un scénario à « l’italienne » de primaires pour élargir la base sociale des partis: c’est une solution au rabais qui entérine la division de la gauche et ne répond pas à la faiblesse de ses organisations.

Contre ces illusions, il faut affirmer que la construction d’un grand parti est la condition de la victoire de la gauche. Son avenir passe par la réhabilitation et la modernisation de la forme partisane. Dans la "démocratie du public" et la société médiatique nouvelles, elle doit repenser le parti comme acteur de transformation sociale, comme médiateur entre le social et le champ politique institutionnel. Il faut sortir par le haut de la crise que traverse la gauche et parvenir à sa réorganisation institutionnelle en commençant par identifier les vraies divergences qui la divisent. Contre toute fatalité, la voie de l’unité qui n’est certes pas la plus aisée s’impose comme le choix de la volonté.

source : Rémi Lefebvre.Professeur de Sciences Politiques à l'Université Lille II