lundi 19 mai 2008

Limiter les salaires ?

Limiter les salaires. Vraiment, pas qu'un peu. Voilà une proposition qui peut paraître déplacée quand on ne parle que d'augmenter le pouvoir d'achat. Pourtant ce n'est peut-être qu'une manière radicale de poser le problème des inégalités de revenus. C'est en tout cas une idée qui me semble très rarement débattue. Je ne l'ai vue posée qu'une fois : dans le numéro de février de la Décroissance (débat entre Besancenot, Geneviève Adam d'ATTAC et Pierre Khalfa de Solidaires). C'est d'ailleurs en le refeuilletant que m'est venue l'idée de ce billet.


Quels seraient les avantages d'une limitation des salaires ? Ou plutôt d'une limitation des revenus, les revenus du patrimoine étant plus élevés que les revenus des salaires chez les plus riches.


Un avantage social d'abord : à une richesse donnée, l'existence de très haut revenus n'est possible que parce que d'autres sont ridicules. Décider d'une telle mesure s'accompagne donc d'un salaire minimum supérieur à l'actuel SMIC (voire un revenu minimum garanti bien supérieur au SMIC) Limiter les revenus pose la question de la méthode et de la destination des sommes dégagés. Si c'est par l'impôt qu'on créé cette limitation, voilà qui peut entraîner des ressources permettant de développer vraiment des services publics efficaces et gratuits. Par exemple. Une telle mesure me semble également pouvoir se conjuguer avec une diminution du temps de travail.

Avantage écologique peut-être. C'est notre mode de consommation qui est en cause face à la crise écologique. Limiter les revenus, c'est limiter les comportements excessifs d'une infime minorité. C'est surtout limiter les comportements d'une part de la population, conséquente cette fois, qu'on fait rêver avec les frasques de cette infime minorité. Et qui, par mimétisme, consomme des ersatz de luxes, encore plus mauvais écologiquement.

Un élément philosophique me semble également fondamental. On parle d'égalité, même à droite avec "l'égalité des chances", on parle d'individus, on parle de mérite, de "valeur travail". Y aurait-il des individus qui "valent" 10, 50, 100 fois d'autres individus ; des individus dont le travail mérite une récompense 10, 50, 100 fois supérieure à celle d'un autre ? Bernard Arnault a gagné 27 000 années de SMIC en 2006. 27 000. Comment peut-on justifier ça ?
Dans le même registre, ce serait finalement diminuer l'emprise du marché sur les conditions d'existences des êtres humains : on ne fixerait plus la valeur d'un être humain uniquement à la faveur de l'offre et la demande...



Alors évidemment je suis conscient que d'importantes limites s'opposent à une telle mesure. Je ne suis d'ailleurs pas convaincu qu'elle soit désirable, je reste à persuader, dans un sens comme dans l'autre. Par quelle méthode : limite stricte, impôt énorme au dessus d'un seuil... ? Comment définir ce seuil ? Je me doute aussi que notre chère Union Européenne ne nous le permettrait pas... ce qui ne me semble pas empêcher le débat. En gros, je n'ai aucune idée de la manière dont on peut caler économiquement une telle idée... mais elle me semble être une piste intéressante de discussion.


Colin

3 commentaires:

jon a dit…

Excellent !

Monsieur Poireau a dit…

C'est evidemment une mesure necessaire que d'etablir un revenu maximum. Mais pour le mettre en pratique : bon courage !!!
:-)

Léo a dit…

C'est une mesure qui risque d'être très peu populaire, les gens ayant tendance à se rêver avec des revenus de millionnaires. C'est pourtant tout à fait réaliste : il y a un certain seuil de revenu à partir duquel il n'est plus justifié. On pourrait fixer ce seuil a un niveau assez élevé, du 10000 euros par mois par exemple, qui reste un salaire très, très confortable. Et forcément, les libéraux vont râler en disant que ça va décourager les gens à travailler plus. Mais là à la limite, tant mieux.

C'est Ford je crois (donc pas vraiment un gauchiste) qui disait qu'un patron ne devrait pas gagner plus de X fois le salaire de ses ouvriers. Il serait temps d'appliquer son conseil.